Climat & environnement
Communication climat : comment parler d'environnement sans perdre son audience
Ingénieur agronome de formation et communicant, je travaille sur le climat et l'agriculture avec YOUNGO, la jeunesse officielle de la Convention climat de l'ONU. Voici comment rendre ces sujets concrets, sans jargon et sans décourager ceux qui nous lisent.
Le climat est l'un des sujets les plus importants de notre époque, et l'un des plus difficiles à raconter. Les données sont abondantes, les rapports sont longs, et beaucoup de gens décrochent dès qu'ils lisent « atténuation » ou « résilience ». Le défi n'est pas d'informer plus, mais d'informer mieux.
Ces conseils viennent de mon travail de coordination de la communication du groupe Alimentation et Agriculture de YOUNGO, de ma participation au World Food Forum de la FAO comme représentant jeunesse, et de la formation African Climate Creatives Fellowship, consacrée au storytelling climatique.
1. Partir des gens, pas des concepts
Personne ne se réveille en pensant aux émissions de gaz à effet de serre. En revanche, tout le monde pense à ce qu'il mange, à sa facture, à sa santé, à sa récolte. Je commence toujours par ce que vit le public, puis je relie ce vécu au climat. Le concept vient après, pas avant.
2. Un chiffre, puis une conséquence
Un chiffre seul est abstrait. Associé à une conséquence concrète, il devient parlant. Plutôt que d'aligner des statistiques, je choisis un seul chiffre fort et j'explique ce qu'il change dans la vie de quelqu'un. Et je cite toujours la source : sur ces sujets, la crédibilité est tout.
3. Montrer des solutions
Les messages uniquement alarmistes provoquent souvent l'impuissance, puis l'indifférence. Je montre autant que possible ce qui fonctionne déjà : une technique agricole qui économise l'eau, une coopérative qui recycle, une politique publique qui a porté ses fruits. L'espoir n'est pas de la naïveté. C'est ce qui donne envie d'agir.
Les savoirs traditionnels sont souvent les meilleures portes d'entrée : avant que le mot « économie circulaire » existe, beaucoup de familles paysannes la pratiquaient déjà.
4. Adapter le message à chaque public
On ne parle pas de la même façon à un agriculteur, à un décideur et à un jeune sur TikTok.
- Aux agriculteurs : des résultats concrets, des exemples de terrain, la langue locale quand c'est possible.
- Aux décideurs et bailleurs : des données claires, des coûts, des recommandations précises.
- Au grand public : des histoires, des visages, des formats courts.
Parler français, anglais et bambara m'aide beaucoup ici. Un même message peut être décliné dans plusieurs langues et plusieurs registres.
5. Remplacer le jargon par des images
« Adaptation », « séquestration du carbone », « systèmes alimentaires » : ces mots sont précis pour les experts, flous pour les autres. Quand je dois les utiliser, je les explique en une phrase simple, ou je les remplace par une image concrète. « Des sols qui retiennent mieux l'eau » parle davantage que « résilience des agroécosystèmes ».
6. Des images vraies plutôt que des clichés
L'ours polaire sur sa banquise et la terre craquelée sont devenus invisibles à force d'être vus. Je préfère des photos de vraies personnes, de vrais champs, de vrais projets. Elles sont plus crédibles et plus proches de ceux qui les regardent.
7. Choisir le bon format
Un rapport de cinquante pages peut devenir un carrousel de huit slides, une vidéo d'une minute, un épisode de podcast ou une série de posts. Pendant ma fellowship, j'ai travaillé la photo, le court documentaire, le podcast et le reportage. Chaque format touche un public différent, et un bon plan de communication en combine plusieurs.
Pour qui ?
J'accompagne les ONG, les projets agricoles, les institutions et les entreprises engagées dans une démarche environnementale ou RSE : stratégie de communication, contenus pour les réseaux sociaux, visuels, vidéos et traduction. Mon double profil d'ingénieur agronome et de communicant me permet de comprendre le fond du sujet tout en le rendant accessible.
Le climat mérite mieux que des messages que personne ne lit. Bien raconté, il peut rassembler.